Splendeurs et vicissitudes de la vie à bord

Splendeurs et vicissitudes de la vie à bord.

 

Zeus, alias le capitaine, a de bons petits marins qui s’activent toute la journée à bord. On bricole, on révise des nœuds, on tient le blog à tour de rôle, on cuisine, on nettoie, on fait la vaisselle, on aide aux manœuvres. Tout cela avec le matériel d’un camp scout et en étant super économe en énergie.

Pour la première fois hier après-midi, c’était le farniente sur le trampoline à l’avant du bateau, au soleil encore estival. Nous avons enfin eu le temps de lire et de prendre un bain de soleil, Blanche et moi. Nous avons eu le plaisir à plusieurs reprises de contempler des bancs de dauphins. L’un d’entre eux s’est même aventuré à nous accompagner en jouant sous notre bateau, entre ses deux étraves.

A l’arrière de l’esquif, c’était l’automne et les marins avaient enfilé des pulls. Il y avait clairement une saison décalée entre la proue et la poupe du Crazy Flavour.

Bien que nous soyons quasi autonomes en énergie à bord, nous sommes économes et respectons nos ressources.
 

Nos panneaux solaires nous fournissent en électricité. Merci à l’Hélios Compagnie. Nous avons deux petites lampes réfléchissantes offertes par Birgit Sambeth Glasner à l’occasion d’une précédente traversée sur l’île d’Elbe en 2016, qui diffusent une douce lumière le soir. Mettre la lumière à l’intérieur ne nous permet pas de voir ce qui se passe dehors lorsque la nuit tombe. Mettre la lumière sur le pont nous attirerait toutes sortes d’insectes, notamment de grosses lucioles. Un hydrogénérateur peut nous fournir de l’électricité en sus quand nous traverserons l’Atlantique par exemple, pendant plusieurs semaines, grâce à une hélice sous l’eau.

Poséidon nous permet de faire bouillir nos mets et nos diverses boissons et lorsqu’elles ne sont pas cuites, nous consommons de l’eau en bouteille.

Nous pouvons la dessaler grâce à un ingénieux système d’osmose, qui consomme beaucoup d’électricité, sans ajout de produit chimique et qui nous permet de ne pas manquer d’eau. Vincent veille néanmoins à ce que je me savonne sous la douche en coupant l’eau et que je ne l’ouvre à nouveau qu’au moment du rinçage. Compte tenu de mes expériences précédentes, je me suis faite couper les cheveux tout courts au moment d’embarquer pour cette odyssée. J’ai obtenu de haute lutte que nous ayons un séchoir pour les cheveux à bord pour ne pas prendre quand même l’allure d’épaves quand nous débarquons…Vincent nous surveille aussi du coin de l’œil lorsque nous faisons la vaisselle…

Quant Eole veut bien s’y mettre, nous surfons sur les vagues pour nous déplacer. Quant il est capricieux, nous devons naviguer au moteur.

En fin de journée, c’est la cérémonie du thé avec du Lapsang souchong grand fumé (que je déteste, alors je bois pour ma part une verveine) accompagnée de biscuits, chocolats ou Panettone lorsque nous sommes en navigation. Lorsque nous arrivons dans les ports, nous prenons plutôt l’apéro, lors duquel nous sirotons du Prosecco en nous régalant de jambon de pata negra que Jean-Marc Carnice nous a fait livrer sous vide  dans de multiples portions de son charcutier préféré avant notre départ. Quelle chouette attention l’ami ! Nous pensons bien à toi et à Véronique en le savourant !

Il n’est pas toujours facile de se comprendre entre homme et femme et de vibrer en harmonie. En voici l’illustration : Pour une raison inexpliquée, je suis toujours seule pour débuter les quarts, alors que les autres sont à deux. Bref, cela ne m’ennuie pas si tout est calme, car j’aime ces moments de solitude.

J’ai demandé au capitaine de partager un quart avec lui la nuit passée, ce que nous n’avions pas encore fait. J’ai vu que je commencerai seule à 21h jusqu’à 22h30, heure à laquelle Vincent devait me rejoindre pour un quart partagé jusqu’à minuit. La nuit était magnifique, l’air tiède. J’en profitais pour méditer, chantonner, rêver.  Je songeais que ce serait moins drôle, si les éléments venaient à se déchaîner, mais là j’irais chercher le capitaine, quart ou pas. La mer était calme, Eole boudait et nous avancions au moteur.

La voûte céleste était splendide avec Vénus toute brillante, droit devant et la voie lactée se dessinait très bien. J’écoutais de la musique et regardais les étoiles en imaginant que chacune était une personne que j’avais aimée et qui était décédée et qui me faisait un clin d’œil en scintillant. Je me réjouissais que Vincent arrive pour poser ma tête sur son épaule et deviser avec lui dans l’air doux de cette belle soirée.
 

Mon prince, pas charmant du tout sur le moment, s’est pointé à 22h30 en me disant que je m’en sortais très bien. Il m’a demandé si j’étais d’accord de continuer encore un bout, seule. Je me suis entendue lui répondre « oui, qu’il pouvait redormir », que je gérais. Il n’est revenu que peu avant minuit, fin de notre quart qui devait être commun. J’ai alors rejoint ma cabine, extrêmement dépitée. Je lui ai dit qu’il n’était définitivement pas romantique et certainement pas ou plus amoureux !

Une fois la tête posée sur mon oreiller, j’ai de suite sombré dans les bras de …Morphée jusqu’au prochain quart à 4h30 du matin avec Blanche.

Ce samedi matin, vers 9h, le capitaine est venu avec un bol de bircher et une tasse de café pour se faire pardonner. Comme je ne suis pas boudeuse, cela a marché. L’incident diplomatique entre Mars et Vénus est clos.

Dans quelques heures, nous allons retrouver nos amis Véronique Goy et David Veenhuys que nous n’avons pas revus depuis une vingtaine d’années et qui séjournent actuellement dans leur maison d’Almunecar. Nous nous réjouissons follement de les revoir à Motril pour la soirée.

Un peu de répit de deux jours est prévu pour visiter Grenade, car la météo est mauvaise jusqu’à lundi.

Je sens Alain Hirsch très impatient de savoir comment nous nous préparons à affronter le cas échéant les orques dans le détroit de Gibraltar, notre prochaine étape, mais je le laisse en proie aux frissons du suspense.