Moorea / Départ de Fabienne

Moorea

Tahiti Moorea / Départ de Fabienne

 

Nous partons de Tahiti pour gagner Moorea le 22 juin au matin.

 

La veille, j’ai été voir ma médecin soignante, Charlotte Courtois, à l’hôpital de Moorea. Mon scanner est en ordre sauf un éventuel petit kiste qui nécessitera éventuellement un nouveau scanner dans trois mois. Mais je peux naviguer.

Nous avons eu ensuite une merveilleuse soirée au Belvédère, où Fabienne a définitivement conquis ses fans avec sa danse endiablée sur Alexandrie Alexandra, de Claude François.

Quelle drôle d’impression dans la fraîcheur du lieu, à 600 mètres d’altitude, de déguster une fondue au fromage. J’en avais les papilles en survoltage permanent. Il doit y avoir là un manque qu’il me faudra combler au retour en Suisse. Nous ne le savons pas encore, mais ce sera la dernière participation de Fabienne au GLYWO. 

 

Tout de suite, une fois les voiles levées, nous progressons par vent de force 4 à 9.5 Kn. Fabienne est à la barre.

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Fab varre

Nous visons le port de Vaiere à l’Est de l’île. C’est celui que relie une armada de ferries qui se poursuivent en traversant la distance en 35 à 45 minutes. Il nous en faudra un peu davantage pour aborder la passe d’entrée de la baie et piquer vers le Sud. Nous y trouverons deux autres bateaux au mouillage sur des fonds de 3 mètres sur du sable. Nous sommes protégés de la houle par une barrière de corail distante de quelques 200 mètres. Et nous sommes rejoints par nos amis d’Impossible.

Le lendemain matin arrivent, par le ferry, Nicoline et Carlos. Elle, médecin anesthésiste et amie de très longue date. Lui, travaillant dans le monde de la finance et qui nous avait déjà rejoint sur Crazy Flavour pour remonter le Guadalquivir de Cadiz à Séville. Ils ont passé une grosse semaine à plonger dans trois îles des Tuamotu. Et ils arrivent au terminus des ferries avec une mine réjouie et détendue.

Le lendemain matin, nous décidons de contourner l’île par le Nord, par des vents faibles à très faibles. Et, après avoir tiré des bords pour passer le cap Nord Est, avec des courants contraires,  nous mettons le moteur pour gagner puis pénétrer dans la passe qui garde l’entrée de la baie de Cook.

Sitôt la passe franchie, nous obliquons sur bâbord et venons mouiller avec Impossible à côté de participants du GLYWO déjà ancrés : Chaps, Vitamine, Biotrek. Nous rejoindront ultérieurement Akaora, Manacà et Fou de Bassan.

 

 

Depuis plusieurs jours, Fabienne prend tous les matins des nouvelles de ses parents. Deux ou trois jours avant, elle comprend d’un entretien avec son frère que la santé de son père, bien que revenu à son appartement depuis son hospitalisation, se dégrade, surtout au niveau de la vue.

 

Ce 24 juin au matin, elle comprend que la situation se péjore sensiblement. Et que la prise en charge de la santé de son père par le corps médical en Valais est loin d’être optimale. Sa mère n’est plus en mesure non plus de tenir le coup, fatiguée par le stress de l’hospitalisation passée de son mari. Il faut donc affronter ce qu’elle redoutait. Partir d’urgence en Suisse pour ne plus revenir dans le GLYWO. Une task force se met en place sur Crazy Flavour et l’on se connecte pour sonder les opportunités sur internet. L’on contacte Air France pour réaliser que les derniers sièges sont offerts à des prix prohibitifs. French Bee en revanche dispose encore de places en premium. Départ possible le lendemain matin 25 juin de Papeete à 7.00. Il faut donc trouver en urgence une chambre à Papeete, au Hilton, puis commander les billets TGV d’Orly à Genève.

 

Fabienne dispose de moins de deux heures pour faire ses valises et quitter son Crazy Flavour. Pour toujours.

 

Le dinghy est mis à l’eau et la tournée rapide des bateaux présents permet d’échanger des mots de réconfort. On débarque dans la baie Cook, obtenons d’une gentille caissière du Super U les coordonnées d’un taxi et je l’accompagne dans ce taxi au terminus de Vaiere. Nous avons 30 minutes d’attente pour nous dire l’essentiel. C’est à nouveau une coupure et un départ, non prévu celui-là.

 

Je mesure son émotion et la mienne, mais je souscris intégralement à sa décision. Elle doit impérativement se rendre en Valais et prendre le traitement de son père en mains. Mais je vois à quel point il lui en coûte de partir, alors qu’il restait en plus à parcourir les îles de la Société et qu’elle comptait tant d’amis au sein du GLYWO.

 

Nous nous embrassons. Elle prend ses valises et rentre dans le terminal. Je monte dans un bus déglingué. Le chauffeur me fait comprendre qu’il a vu notre séparation et me demande si ça va. Je lui dis que ce n’est pas facile. Un autre homme d’une vingtaine d’années, assis au premier rang, me regarde, éclate de rire et me dit que maintenant que je suis libre, il peut me présenter des copines. J’en rigole en l’assurant que j’attendrai de retrouver mon épouse. Mais je sens que les mœurs polynésiennes sont définitivement plus souples en matière de fidélité conjugale. Je les remercie tous deux au passage de vouloir prendre soin de moi. Et je me dis que tout le monde n’a pas toujours les mots appropriés.

 

Je me cale sur un siège défoncé en me disant que décidément le sort s’acharne un peu sur nous, directement ou indirectement. Fabienne m’avait averti depuis plusieurs années que la santé de ses parents était primordiale à ses yeux et qu’elle ne se verrait pas passer du temps libre à l’étranger si elle devait se sentir à leur chevet.

Je ne pensais pas que cela arriverait. Maintenant il va falloir faire face. Pour elle à Sion. Pour moi en Polynésie.

 

Je vais devoir me débrouiller seul sur la fin pour empaqueter et trier toutes nos affaires et transmettre le bateau à notre acquéreur. Ce n’est pas insurmontable, mais ce sera lourd. Heureusement, l’équipage actuel est d’attaque et très attentionné;  il m’aide à passer ce cap.

Nous décidons de partager un repas chez Rudy’s, auquel participent les équipages de Biotrek, Chaps, Impossible et Crazy Flavour. 
Pierre très généreusement et discrètement nous invite. On a beau avoir tous trinqué à la santé et au départ de Fabienne,  j’ai le cœur gros.
 

Elle mange pendant ce temps à son Hôtel à Papeete. elle digère au propre et au figuré.

Le lendemain, Nicoline et Carlos vont faire du golf. Antoine explore à pied les environs, et je suis invité à tour de rôle sur divers bateaux du GLYWO au mouillage.

Les discussions sont intéressantes et les sujets à aborder nombreux, outre ceux qui concernent le départ de Fabienne qui en a affecté plus d’un.

 

La guerre en Ukraine commence à vraiment inquiéter mes interlocuteurs. Et plus encore le nouveau front qui pourrait s’ouvrir en Lituanie. On sent un entêtement de part et d’autre qui dépasse l’entendement. Mais surtout la rage froide et cynique de Poutine semble irrationnelle, tout comme l’est sa prise en otage des pays du tiers monde.

 

La décision de la Cour suprême des USA revenant sur sa jurisprudence Roe / Wade en matière d’avortement annonce un véritable retour en arrière de cinquante ans. On sent pourtant que les réactions ne sont pas à la hauteur des enjeux de société que cet arrêt et les suivants, malheureusement à venir, devraient susciter. Si les USA deviennent irrespirables, que les Russes font joujou avec leur armée, voire avec le bouton nucléaire, et que les chinois continuent leur politique impérialiste, dans le Pacifique puis au-delà, comment tout cela finira-t-il ?

 

Le lendemain, nous louons trois vélos électriques. Antoine essaie de son côté de grimper un sommet avec une connaissance de Nicoline et Carlos de Fakarava, retrouvée sur Moorea.

Le VTT électrique nous permet de nous rendre au lieu dit du Belvédère qui permet de s’offrir une magnifique vue sur les deux baies : celle de Cook et celle de sa voisine, la baie de Opunohu. Entre les deux, trône le Mont Rotui, qui a donnée son nom à une célèbre marque de jus de fruit polynésien. Il faut dire que l’usine de transformation se trouve à ses pieds.

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Rotui

Nous ferons ensuite le tour de l’île, soit au total 70 km. Pas mal avec mes poumons convalescents.

 

Entre-temps Fabienne a achevé son marathon qui lui a permis en 30 heures environ de rejoindre La Suisse depuis Papeete. Elle a trouvé le vol très confortable et le service parfait.

Lionel a pu se libérer pour l’accueillir à la gare de Cornavin et passer la nuit à Hermance. Le lendemain, lundi 27 juin, Fabienne se rend à Sion en voiture pour retrouver ses parents, le jour de l’anniversaire de son père. Exténuée mais heureuse, elle passe la journée avec eux et prend les premiers contacts médicaux avant de monter dans notre domicile de Siviez.

 

Le 28 au matin, nous levons l’ancre à l’aurore. L’idée est de traverser de Moorea à Huahine en une journée, soit une distance de près de 80 NM.

 

La suite de nos aventures dans un prochain épisode à venir.