Le péril zone

Fabienne jaune

 Le péril zone...
Saviez vous que Tahiti et les îles polynésiennes étaient économiquement en mains Chinoises ? Plus je fréquente divers commerces et plus je l’apprends.
Aux Marquises, apparemment tous les mini-supermarchés de Nuku Hiva, sauf un, appartiennent à des familles chinoises. J’avais demandé à M. Larsen, propriétaire de l’un d’entre eux, son origine, en suspectant que son physique polynésien devait sans doute cacher des racines légèrement scandinaves.
Non, pas du tout. C’était son grand-père arrivé après guerre, sauf erreur, qui a choisi d’européaniser son nom pour faire oublier sa nationalité chinoise. Et c’est vrai que l’actuel M. Larsen pourrait vendre ses produits à Shanghai sans vraiment dépareiller, malgré du sang polynésien venu métisser son origine.
Il est non moins exact que l’on soupçonne les Marquisiens d’être d’origine de Taipeh. Et d’être arrivés en Polynésie il y a plus de mille deux cent ans, peut-être davantage. Tous les marquisiens ont donc dès l’origine une origine chinoise.
Il y a de surcroît une bonne fraction de polynésiens qui a du sang chinois « récent » dans les veines. Et même si les générations actuelles de « chinois » ne pratiqueraient plus la langue des aïeux, certaines traditions restent. Notamment l’ardeur à la tâche et le sens du commerce. Le magasin prend une place importante dans leur vie. Et ils ont apparemment davantage d’assiduité. Ainsi Larsen ne ferme presque jamais son supermarché. Et il reconnaît très vite ses clients. Grâce à lui, l’on avait d’ailleurs pu compter sur un transport (sans frais) jusqu’à la Marina pour convoyer tous nos achats, notamment d’eau.
C’est la même chose pour les shipchandlers à Papeete. Tous ont des noms trahissant une origine chinoise, avec un nom de magasin européanisé ou mieux encore anglicisé. Le chantier Techni-Marine est aussi en mains chinoises. Partout, l’on me dit que l’économie de Tahiti est régie par ces chinois de troisième ou de quatrième génération. Ont-ils gardé des liens avec la mère patrie ? Je ne le sais pas. Mais je constate que nombre de produits vendus par ces commerces sont chinois, et très rarement européens ou américains.
J’entends plusieurs locaux mentionner par ailleurs l’existence de bateaux de pêche venus de Chine, qui se livrent à de la pêche intensive à la limite des eaux territoriales, voire même en procédant par le dépôt de balises attirant le poisson hors des eaux territoriales. Comme les autorités déclarent leur impuissance, par manque de moyens pour lutter contre ces balises, ce sont les pêcheurs polynésiens qui vont s’emparer de ces fameuses balises Chinoises et les exhibent comme des trophées.
Et j’apprends de source sûre que chaque bateau de pêche chinois serait armé, souvent massivement. Si la Chine le décidait, dans le cadre d’une décision soudaine de prendre sous sa coupe l’entier du Pacifique, ces dizaines, voire centaines de bateaux de pêche pourraient, m’assure-t’on, simultanément prendre le contrôle de tous les atolls de la Polynésie française, sans que les quelques rares navires de guerre français puissent effectivement réagir devant une telle agression.
Sans même parler de l’existence d’une cinquième colonne, dont personne n’ose évoquer l’éventualité.
L’industrie perlière des atolls polynésiens est moribonde, notamment en raison de la Covid mais aussi de la concurrence forcenée des producteurs d’Asie, essentiellement de Chine, qui travaillent avec des critères de qualité inférieurs et une politique de prix imbattables. Ce qui n’empêche pas les chinois de Chine d’acheter d’avance d’ores et déjà toute la production polynésienne de l’an prochain, ce qui permet aux producteurs de retrouver de la trésorerie, au grand dam toutefois des revendeurs et artisans locaux qui vont progressivement disparaître, faute de marchandise à vendre. Et voilà encore l’un des piliers de l’économie polynésienne tombé sous contrôle chinois.
Bref, à Tahiti, j’ai pu entendre que le contribuable français est mis à contribution pour soutenir le coût du fonctionnement des Institutions et du social, mais tout cela pour le plus grand profit des chinois et indirectement de la Chine. Et ce phénomène irait croissant.

 Quand on constate que la Chine vient de mettre à l’eau son troisième porte-avions, on ne doute guère du scénario qui se dessine à relativement moyen terme. Le Pacifique sera un terrain de jeux chinois, la marine de guerre chinoise devant atteindre le niveau quantitatif de la marine américaine prochainement. Tout le monde dit que quand Taïwan tombera, il sera trop tard et que tout se jouera ensuite en quelques mois, comme le Japon après l’attaque de Pearl Harbour le 6 décembre 1941. Saurait-on retourner la situation ensuite, comme à Midway en 1942 ? Pas sûr, loin de là.
Face à ce péril de plus en plus concret, l’envoi de deux navires de guerre français, l’un en Nouvelle-Calédonie et l’autre en Polynésie, et l’envoi de 90 soldats supplémentaires en Polynésie dans les atolls de l’Est, a quelque chose de légèrement dérisoire...
Et puis il y a ce réchauffement climatique qui devient de plus en plus perceptible pour chacun. Des températures de plus de 50 degrés en Inde sur plusieurs jours. L’assèchement du Pô, en Italie du Nord. La fonte phénoménale de nos glaciers dans l’arc alpin, qui devraient avoir disparu dans moins de 20 ans pour la majorité d’entre eux.
L’industrie nucléaire qui tourne au ralenti en France faute de débit d’eau suffisant dans les fleuves pour refroidir les centrales.
Dans la flotte du GLYWO, à plus de 20’000 km de l’Europe, nous constatons que chaque île polynésienne dépend pour beaucoup de l’approvisionnement qu’elle reçoit à dates régulières. Que l’autarcie énergétique et alimentaire n’existe pas sous ces latitudes. Et que si cette manière de fonctionner dirigée à distance par la France devait disparaître ou s’affaisser, peu de polynésiens pourraient survivre longtemps dans cet univers pourtant en apparence paradisiaque.
Et progressivement l’on accepte l’idée de l’insoutenable, notamment un pays froidement envahi par son voisin, expression d’une volonté hégémonique aussi claire que brutale. Agresseur qui se moque du réchauffement climatique comme de toute forme de démocratie. Où l’énergie devient une arme que l’on manie fort peu diplomatiquement. Où cela finira-t’il ?
Faut-il tomber dans les théories survivalistes, et commencer chacun progressivement à se préparer au grand retour en arrière ? Je ne sais pas. Cela me parait encore prématuré, mais il est vrai que j’en entends de plus en plus parler autour de moi, notamment au sein du GLYWO.
Je constate que les données rassurantes sont plutôt en régression et les vraies mauvaises nouvelles en augmentation exponentielle. Surtout le fait que l’on n’adresse pas vraiment ce qui devient chaque jour plus crucial. Et que la planète que nous transmettons devient de plus en plus précaire à vivre et à terme hostile à toute forme de vie humaine.
Peut-être est-ce parce que je prends de la distance du quotidien, que j’ai du temps pour réfléchir et que je mesure in concerto la fragilité des équilibres que nos prédécesseurs avaient mis en place, au détriment (probablement inconscient) d’une politique de développement durable ?
Peut-être que d’être sorti plusieurs mois de ce cocon helvétique où tout marche mieux qu’ailleurs, me fait-il davantage prendre conscience de la vraie réalité planétaire, des interconnexions et des dépendances, et donc douter de la suite sur un plan global ?
Mais j’ai le sentiment, un peu confus je l’avoue, que l’on devrait légitimement commencer à préparer l’ère d’après.
Peut-être suis-je victime d’un phénomène d’inquiétude injustifié qui serait dû à mes récents « exploits » sous l’eau et aux doses de morphine successives, dont je garde au passage un souvenir plutôt positif ? ( je parle de la morphine et pas de mon accident bien sûr !)

 Sans doute aussi, l’oisiveté maritime (quoique relative) pousse-t’elle au pessimisme.
Ou, comme tout cycliste, le fait de rouler plus lentement fait ressentir le risque plus concret de la chute, faute de vitesse suffisante.
Vous êtes plusieurs à nous avoir écrit que nous avions fait le bon choix de partir, précisément à cette période d’incertitudes et légèrement déprimante.
Jamais d’ailleurs autant de personnes ne cherchent notamment en Europe, à acquérir un bateau « pour partir ».
Faut-il y voir là le fait que beaucoup d’entre nous réfléchissons davantage à demain et à la manière de nous y préparer ?
Pour vivre différemment.
Pas comme avant en tout cas...

Et si possible, pas chinois.