Et pendant ce temps, aux Galapagos

Monolithe

Et pendant ce temps, aux Galápagos…

 

Nous revenons ce jeudi 17 mars au soir d’une plongée avec bouteilles dans un site magnifique. Un rocher d’origine volcanique, une forme de monolithe gigantesque, dont on nous dit qu’il est simplement une forme de « compactage » de cendres, survenu lors des explosions volcaniques à l’origine de la création des îles des Galápagos. Ces cendres se sont agglomérées par plus de 1000 degrés. Ce bloc rocheux en est né à quelques centaines de mètres de la côte de San Cristobal.

 

Tout autour, l’on trouve une faune sous-marine très dense et très bien connue dans le monde marin. Les grands poissons savent qu’il s’agit d’une sorte de salon de beauté où l’on vient pour faire peau neuve. Des micro-organismes et des petits poissons traient les plus forts et les plus redoutables. Il n’est pas rare d’y voir un requin par 40 mètres de fond, allongé avec la bouche ouverte qui laisse des petits poissons curer et nettoyer sa dentition. Traitement identique pour les surfaces de peau, notamment celles cicatrisées ou maltraitées par l’environnement marin.

 

Lorsque je porte mon embout en bouche, Mike, notre accompagnateur nous a décrit l’environnement, la population et surtout les objectifs. Nous sommes trois à plonger avec lui, soit Rob de Endless Joy, Luc notre accompagnateur du GLYWO, qui nous a organisé cette « sortie » et votre serviteur.

 

Les autres participants feront du snorkeling, comme Patrick et Pierre.

 

Spyro a préféré rester sur le bateau et aller chercher du WIFI pour avancer dans son travail. Apparemment la distance d’avec Genève n’est pas suffisante pour qu’on le laisse en paix et il a quelques sangliers sur le feu.

 

En fait les deux équipes verront d’assez près des requins et requins marteaux qui déambulent dans les courants autour de ce monolithe. Nous de dessous, par 20 mètres de fond. Eux, les nageurs, en parcourant la surface, ou depuis deux trois mètres en en apnée.

 

C’est magique et c’est surtout intemporel. Le lieu est intact. Identique depuis plusieurs milliers d’années. Les couleurs du corail sont superbes. Et la faune impressionnante de foisonnement : tortues diverses, barracudas, poissons de corail de toutes formes et couleurs, poulpe, etc…

 

Nous avons même nagé dans un nuage de poissons, qui se forme et se déforme. Drôle d’impression de le voir se former tout autour de soi.

 

Le seul moment où les poissons autour de nous se cachent subitement correspond à l’apparition subite, venant de la surface, d’un sea lion. Lui chasse à la vitesse d’une torpille. Et passe très proche de nous sans même nous regarder. Il peut plonger plus de 11 minutes. Et l’espèce endémique des Galápagos peut aller jusqu’à 500 mètres sous l’eau, grâce à un complexe système de fermeture de ses ouvertures nasales et d’oreilles. C’est magnifique de le voir évoluer à cette profondeur. Et cela relègue les requins à un rang d’animal inoffensif et particulièrement lent. Si si, Ambre je te le dis : inoffensif, voire timide….

 

Nous ressortons assez refroidis, malgré le port des combinaisons isothermiques, et surtout fatigués par deux plongées successives à 18/20 mètres.  Mais très heureux de ce que nous avons pu voir dans ce lieu particulièrement préservé. Je remercie Mike. C’est la haute saison pour lui, et il fait trois plongées ou formation par jour. Mais ce job lui plaît. Et il a une morphologie particulièrement adaptée. Il consomme deux fois moins d’oxygène que nous….

 

Voilà, retour à la ville. Nous attaquons un brownie avec glace que nos dépenses de calorie autorisent, ou à tout le moins, légitiment.

 

Nous avons commencé depuis quelques jours à accepter un rythme très peinard. D’abord parce que chaque matinée nous récupérons de nos insomnies à lutter contre l’invasion renouvelée et combattue, chaque nuit, des otaries et lions de mer. Mais aussi parce qu’il ne sert à rien de nous lever trop tôt lorsque l’on n’a presque rien à faire. Comme le relève Pierre incrédule, au delà de deux items sur la to do list, le burn-out nous guette.

 

Alors l’on refait inévitablement le monde, autour de cafés ou d’apéros, notamment en nous demandant quand et pourquoi l’Europe occidentale s’est endormie, alors que le danger se concrétisait à l’Est. Les budgets militaires ont partout été limités, alors que précisément la Russie augmentait significativement le sien.

 

Et la lâcheté semble avoir prévalu sur le courage d’ouvrir les yeux et de réagir de manière proactive et appropriée.

 

Quand je dis lâcheté, je pense aussi à une forme d’appât du gain, lié aux montagnes d’argent dépensées à l’Ouest par certaines nouvelles fortunes proches du pouvoir dans certains régimes de l’Est.

 

Nous avons très vraisemblablement fait preuve de cécité politico-stratégique.

 

Comme nous continuons de le faire par rapport au développement extra-territorial et à la montée en puissance phénoménale du voisin méridional de la Russie.

 

L’histoire n’est qu’un perpétuel recommencement.

 

Comment dès lors ne pas nous en vouloir de notre aveuglement collectif, vu en particulier ce que l’Europe a déjà connu par le passé en matière de conflits, produits d’utopies dictatoriales et nationalistes ?

 

N’avons-nous pas été obnubilés par le péril islamiste, au point d’en oublier nos frontières à l’Est ?

 

La Démocratie est souvent critiquée, notamment par ceux qui disent ne plus vouloir voter, ce qui revient d’ailleurs à saper le système de l’intérieur, en privant de légitimité populaire les élus.

 

Elle pourrait voir son avenir encore plus sérieusement compromis si l’on ne réagit pas de manière appropriée à tous ces récents défis qui se cumulent : vagues de pandémie, changements climatiques et montées en puissance de dictateurs disposant de l’arme nucléaire.

 

Nos démocraties, dont la faiblesse et la force résident dans l’expression de la volonté populaire, pourraient prochainement être confrontées à la mise en péril de notre façon de fonctionner ensemble, et faire face à la remise en cause de notre Etat de droit et des droits humains.

 

Voilà, sous la chaleur de l’Equateur, la conclusion -provisoire- de mon examen certes distant, mais assez préoccupant, de notre situation d’occidentaux, à la lumière du déroulement de l’actualité.

 

On retourne plonger ?