Bora Bora

Piton Bora

Bora Bora

 

Qui n’a jamais entendu le nom de Bora Bora ?

Île mythique s’il en est, Bora ne devait pas s’appeler ainsi. D’abord parce que le « B » n’existe pas en langue polynésienne, contrairement au « P ». Ce devait être Pora Pora, soit nettement une évocation nettement moins poétique, convenons-en. Surtout qu’à l’origine cette île s’appelait Vavau, comme sa cousine plus à l’Ouest. 

 

Si l’on continue dans l’analyse phonétique, l’on n’est pas loin du code secret par lequel les japonais ont visé le bombardement de Pearl Harbour à fin 1941 : Tora Tora. C’est encore moins romantique. Rappelons qu’en 1942, les américains font de Bora Bora, une base avancée de défense du Pacifique et y construisent un aéroport sur un motu. Ils installent aussi des canons dans la montagne.

 

Qu’est-ce qui fait alors que cette île de Bora Bora exerce une telle attirance et suscite pareille fascination ?

 

Avant de la voir au loin depuis Raiatea ou Tahaa, j’étais, je l’avoue, extrêmement sceptique. Au point que je n’avais pas exclu de carrément l’oublier et de ne pas la visiter. Tous les polynésiens que j’avais interpellé m’assuraient qu’elle était devenue trop touristique, trop chère, trop endommagée et plus du tout authentique.

 

Plusieurs éléments m’ont fait changer d’avis.

 

D’abord nos amis Olivier, Aurelie et Clara avaient prévu d’y passer sept jours. Cela aurait dommage de se priver de les rencontrer davantage pour une question de principe.

 

Ensuite, Nicoline, Carlos et Antoine semblaient estimer qu’il s’agissait d’un endroit à voir à tout prix, surtout si l’on était dans les parages.

 

Bien plus, les propriétaires de Loly qui l’avaient visitée en étaient revenus avec des lumières dans les yeux. La soirée passée en leur compagnie à Raiatea leur avait permis de me convaincre qu’il ne fallait pas rester sur une mauvaise publicité venant d’habitants d’autres îles, sans doute un peu jaloux du succès de Bora Bora et de sa renommée.

 

Enfin, voir ce piton à l’horizon, notamment au moment du soleil couchant, depuis notre entrée dans le lagon de Raiatea avait aiguisé ma curiosité, voire mon envie de confronter la légende, le mythe et la mauvaise pub à la réalité.

 

Le 2 juillet au matin, nous levons l’ancre de Raiatea et rejoignons au moteur la baie de Hurepiti sur l’île voisine de Tahaa, après une très mauvaise nuit, très secouée, ce dont j’ai fait état dans le précédent article.

 

Nous entrons dans une baie assez profonde, presque un fjord. Au fond trois bouées dont deux disponibles. Nous nous amarrons à une et attendons Michel, moniteur de plongée, lequel vient chercher Nicoline, Carlos et Antoine pour deux plongées.

 

D’emblée, Michel me fait remarquer que cette bouée est privée et que je risque fort de contrarier le propriétaire, qui peut en avoir besoin. Je lui demande si je peux appeler ce propriétaire et lui offrir de lui payer une nuit, tant cet endroit paraît idyllique.

 

Je contacte Noé, qui ne répond pas mais qui finit par me rappeler. C’est l’exemple même de la simplicité des contacts en Polynésie. Noé me demande d’emblée si je l’appelle du catamaran qui mouille devant sa maison. Je lui réponds que j’ai cherché précisément à la joindre sur suggestion de Michel avec lequel mes équipiers plongent en ce moment. À la question que je lui pose, Noé me dit d’emblée qu’il n’y a rien à lui verser. Il n’a pas besoin de cette bouée. Je lui demande si je peux lui amener un excellent pamplemousse. Il semble touché, me remercie et la conversation s’engage pendant dix minutes, très amicale, dont je vous fais grâce du contenu. A la fin Noé me dit que si, pour une raison ou une autre, je ne peux vendre mon Outremer à la fin du mois, il pense qu’il pourrait y avoir plusieurs personnes intéressées dans les parages pour ce type de bateau très recherché.

 

Je me mets à lire un livre sur le bonheur, je réponds à quelques e-mails et messages WhatsApp et rattrape le sommeil en retard.. Subitement, je sens que je dois m’activer. Je prépare le repas et mets la table pour voir subitement débouler mes trois amis, heureux mais assez affamés, après deux plongées d’affilée.

 

Nous profitons de cette journée un peu couverte pour faire un brin de ménage et d’ordre.

Puis le soir venu, nous décidons de partir assez tôt le lendemain pour visiter une rhumerie et ensuite mettre le cap sur la fantasmagorique Bora Bora.

 

Nous quittons cette baie avec un début de sentiment d’extase. D’abord il n’y a eu AUCUN vent de toute la nuit. Ensuite, s’il y a eu de la pluie, les images que nous découvrons pendant notre petit déjeuner sont somptueuses, avec de la brume et des forêts qui se reflètent dans l’eau sans une ride…. Ce fjord est béni des dieux, et chanceux, très chanceux sont ceux qui habitent le long de ses rivages.

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Tahaa fjord

 

La rhumerie bio n’existe pas à Tahaa, dans la baie Tapuamau, il s'agit seulement un point de vente. Pas très folichon.

 

On a débarqué et on rembarque avec quelques décilitres de rhum bio…. Cap vers Bora.

 

Nous gréons la grande voile, repartons quelques milles vers le Sud et franchissons la passe Pai Pai.

 

La suite est une descente au vent arrière direction Bora. Trois empannages réussis avec maestria, passage non loin de la balise qui marque la pointe SW (Te Tui Roa), nous voilà pas loin de la seule passe d’accès du lagon, soit la passe Tevanui. Nous roulons le génois et affalons la grande voile, sous l’œil alerte d’Olivier qui depuis la terrasse de sa villa louée nous observe et nous envoie des messages. En moins de trois heures, nous avons rejoint cette baie somptueuse, sans prendre de risque avec un vent oscillant entre 15 et 25 Kn.

 

Pendant toute cette descente au portant, et plus encore lorsque nous longeons la barre de corail côté Sud, l’équipage s’exprime à tour de rôle pour décrire le côté grandiose de la vue qui s’offre à nous. Le contraste des eaux vertes du lagon avec le bleu foncé de l’océan ne manque pas de nous émerveiller. Et ce piton de plus de 600 mètres de haut, est véritablement surprenant, différent qu’il est selon l’angle de l’approche. Pour reprendre la phrase de Etienne lors de notre soirée à  Rangiroa, le piton de Bora est à la Polynésie, ce que le Cervin est à la Suisse. C’est dire.

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Carlos Bora

Bon, l’émotion est vraiment là. L’on se dit qu’il va falloir maintenant trouver une bouée, car l’ancrage est interdit, sauf deux exceptions, dans tout le lagon.

 

Cap sur le Yacht-Club. Nous y avons rendez-vous ce soir avec les Hari-Conrad pour le dîner.

 

L’on y trouve d’emblée une bouée, il y en a plusieurs à disposition et l’embarras du choix.

 

Je me remémore la mésaventure de l’Outremer 51 « Archer » dont l’attache du corps mort avait rompu alors que son équipage était en train de manger au Yacht Club, et qui avait subi une dommage important. Je me demande si depuis les responsables de ces bouées ont vérifié tous les mouillages depuis, et les auscultent régulièrement.

 

Nous amarrons et je constate que la corde qui relie la bouée au corps mort est neuve. Elle est encore toute blanche. Je me sens rassuré.

 

Le soir, repas enthousiaste au Yacht Club, où, après avoir siroté un cocktail en contemplant le coucher du soleil, nous dégustons un repas juste excellent. L’ambiance autour de la table est hautement détendue, voire légèrement euphorique.

 

C’est vrai qu’en étant entré dans ce lagon, j'avais atteint le but ultime de ce voyage. Et l’émotion est, profonde, intense, sourde mais me remue les entrailles.

Tu l’as fait, me dis-je. Tu y es arrivé. Sans Fabienne sur la fin, c’est clairement la fausse note. Mais son départ fut sa décision, dictée par l’état de santé de ses parents, en particulier son père. Et je sais qu’elle a dû surmonter l’immense déception de ne pas pouvoir être des nôtres de Moorea à Bora-Bora, en passant par Huahine, Raiatea et Tahaa.

 

Mais je me plais à relever que notre fidèle destrier a quitté Port Camargue pour naviguer jusqu’ici. Pas mal.

 

Voilà. Je regarde depuis cette terrasse du Yacht-Club les alentours et je me laisse aller à une forme de béatitude molle que nourrissent les splendides lumières du soleil couchant.

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Bora sunset

 

Demain, nous irons découvrir Bora Bora, mais maintenant, sachons goûter notre plaisir et oublier le reste. Carpe diem Vincenzo, tu as bien fait de venir à Bora Bora, ne serait-ce que pour ces vues inoubliables et cette entrée dans ce lagon aux eaux turquoises. Cette île est vraiment spectaculaire. 

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Bora sunset II