Apataki

Apataki pension

Article rédigé par Fabienne

Il est bientôt 2h du matin. L’hélicoptère emportant Vincent vient de décoller, sans que je puisse prendre place à bord. A ce moment-là, son pronostic vital est toujours engagé. Je lui ai remis un sac à dos dans lequel j’ai fourré ses papiers, cartes de crédit, quelques affaires de toilette, polo, tongs et short.

J’oublie de lui donner une recharge pour le portable.

Je garde la sienne et la mienne.

Je le vois partir et les larmes ruissellent sur mes joues. Est-ce que je le reverrai vivant ? Je m’efforce de chasser très vite cette horrible pensée et décide de me concentrer sur mon objectif. Il faut que je trouve un moyen pour le rejoindre le plus vite possible à l’hôpital de Papeete vers lequel il va être évacué et être à ses côtés. Je me rends compte que je suis très loin de tout et que je ne connais absolument personne. Plus facile à exprimer qu’à réaliser.

La plupart des habitants du village a assisté à l’évacuation sanitaire de Vincent et sont encore présents près de la piste de moins de 700 mètres. Certains d’entre eux viennent me poser la main sur l’épaule, me dire des mots de réconfort et me demander mon prénom et ajoutent que désormais mon mari est en de bonnes mains. D’autres me disent qu’ils vont prier pour lui. 

Une jeune-femme s’approche. Elle est très empathique. Elle se prénomme Marlène et j’apprends qu’elle est la représentante d’Air Tahiti sur l’île. Elle comprend d’emblée mon désir d’être au plus vite au chevet de Vincent. Elle est incroyable. Elle ouvre son petit bureau et son ordinateur à 2h15 du matin pour voir où et quand je pourrai bénéficier d’un vol sur Papetee.

Elle m’annonce, désolée, que le vol hebdomadaire prévu le lendemain sur Atapaki est annulé. Elle me dit que c’est très souvent le cas, sans que la moindre explication soit fournie. Je lui demande de regarder s’il y a des vols demain depuis Rangiroa. C’est le cas, il y en a trois dans la journée et ils ne sont pas tous complets. Je m’adresse au policier Steve et au mari d’Hinano pour savoir si quelqu’un au village pourrait m’amener là-bas avec un bateau. Ils me répondent que c’est à six heures de trajet et qu’avec la houle actuelle, ce n’est pas envisageable. Je n’aurai pas de bateau. 
 

Je poursuis avec Marlène. Et Fakarava ?

C’est à trois heures de bateau et les deux hommes avancent que ce trajet est faisable si je suis capable d’affronter une forte houle. Je suis prête à tout supporter. Marlène vérifie. Il y a bien un vol jeudi matin. Consternée, elle m’apprend qu’il est complet et qu’il y a treize personnes en liste d’attente. Elle est catégorique. Je n’ai aucune chance de trouver une place et de pouvoir prendre cet avion.

 Elle me déniche finalement un vol pour vendredi matin dans un atoll plus proche, à une heure de bateau, mais me prévient qu’il est aussi souvent annulé et qu’elle ne peut pas garantir mon départ. Je le préréserve. Je m’enhardis et lui demande si par hasard, elle connaitrait une compagnie privée qui pourrait me transporter au plus vite à Papeete. Elle accepte sans hésitation de faire cette démarche pour moi plus tard dans la matinée. Elle me dit qu’elle a son idée. Je lui fais confiance. 

Je demande au mari d’Hinano qui a un bateau s’il peut en plus de m’emmener vendredi, se charger dans la matinée de ramener la bouteille d’oxygène médical qui n’a pas été entamée au bateau italien qui a gardé sa position pour la nuit. Le capitaine en a besoin pour ses clients. Je me chargerai de trouver une solution pour la bouteille d’oxygène de Sébastien et de Valentine sur Impossible.

Ce dernier accepte la mission et dit qu’il me fera rapport quand cela sera fait. Ouf, j’ai des francs pacifiques sur moi et je peux le payer. Il me fait le prix devant le maire et le policier. Sven, le policier m’informe qu’Hinano l’aide infirmière m’a trouvé une pension pour la nuit et qu’il va m’y conduire avec son épouse. Celle-ci est très sympathique et me serre dans ses bras. Farare le propriétaire de la pension s’est présenté à moi un peu plus tôt dans la nuit pendant que je discutais avec Marlène. Il m’a dit qu’il m’attendrait à la pension Anihe et qu’il préparerait tout en attendant que j’arrive.

Il est près de 3h du matin quand j’y débarque. Farare est présent. Il me dit que je dois boire et il m’apporte une bouteille d’eau. Il propose que je me douche et me dit qu’il va me mettre l’eau. Il s’agit de l’eau de pluie qu’il recueille dans un seau et « qu’il branche. » Je lui suis infiniment reconnaissante. Il me montre ma jolie petite case et me quitte en me disant que son épouse Louise me préparera le petit déjeuner lorsque je me réveillerai.

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Bungalow

Je suis dans ma case qui ne ferme pas à clé. Elle est très simple, sobre, mais belle et authentique. Je ne trouve pas le sommeil et pleure silencieusement. Je prie.

A quatre trente du matin, je reçois un message du docteur Gabriel O’Connor. Vincent a supporté le transport qui s’est effectué tout au long à 30 mètres d’altitude pour éviter tout problème. Vincent est bien arrivé et est désormais sous monitoring à l’hôpital Taone de Papeete.

J’ai des conversations téléphoniques avec mes deux enfants pour leur donner des nouvelles de leur père.  Tous deux sont de précieux soutiens. Ambre me rassure sur l’état de son grand-père. Il va pouvoir quitter l’hôpital. Elle a pris congé pour s’occuper de ses grands-parents et les ramener à leur domicile en Valais.

A six heures, je me lève. Louise, l’épouse de Farare. m’accueille avec grande gentillesse et me prépare une délicieuse omelette. Je n’ai pas mangé depuis la veille à midi. Elle me tient compagnie et me dit qu’il faut effectivement que je puisse rejoindre Vincent au plus vite et que j’ai eu une bonne idée avec un avion privé. Elle me dit que même si cela sera vraisemblablement très cher, cela en vaut la peine. Elle ajoute que Marlène connait beaucoup de monde, que c’est leur nièce et qu’elle va surement trouver quelque chose.
 

Marlène me téléphone vers 8h du matin et me dit que c’est en bonne voie et qu’elle aura une réponse en début d’après-midi.

Je décide d’aller remercier le maire, l’infirmier Roland et Hinano ainsi que Steve le policier. Tout est centralisé dans le bâtiment qui abrite le dispensaire, tout à côté de la piste d’atterrissage. Louise toujours aussi empathique, demande à sa fille Simone de m’y conduire en voiture et de m’accompagner. Elle m’informe qu’elle me prépare un repas pour midi.

Je monte dans le véhicule de Louise avec sa fille Aniheet nous nous rendons au bâtiment central. Je passe tout d’abord au dispensaire pour remercier Roland et HInano. J’en profite pour demander un rapport de synthèse écrit à l’infirmier pour nos assurances. Pendant la nuit, Ambre a déclenché le livret ETI monde que nous avons contracté. Lionel s’est mis en contact avec l’hôpital de Taone à Papeete et a sollicité des nouvelles. Il a fait mettre le dossier médical du cardiologue de Vincent à disposition de l’hôpital tahitien qui réclame déjà une garantie financière. Lionel a aussi contacté notre assurance accident en Suisse et a fourni à ces deux entités un état de faits très complet. 

Nos enfants sont nos deux anges gardiens et dans des vies professionnelles extrêmement chargées pour chacun, ils s’occupent de nous à plus de 20'000 km de distance et avec 12 heures de décalage horaire. Quelle bénédiction !

Je propose au maire de dédommager le village pour le sauvetage en mer. Il me répond qu’il s’est agi de sauver une vie et qu’il n’y a aucun dédommagement qui entre en ligne de compte. Je propose alors de faire un don pour la commune. Il me répond que c’est la première fois que quelqu’un le lui propose. Il m’en remercie et décline en disant qu’il n’est pas possible d’accepter quoique ce soit, car c’est interdit par la loi.

Je lui réponds que je ne peux rien lui proposer d’autre dans ces circonstances pour ses administrés et son village que de décrire dans le petit blog que mon mari et moi tenons leur immense gentillesse, leur solidarité et leur sens de l’accueil. Il me dit qu’il en est touché et que tout touriste sera le bienvenu à Apataki. Il souhaiterait que son île, qui en vaut vraiment la peine, soit mieux desservie par Air Tahiti et que la piste d’atterrissage soit rallongée. Il rappelle que l’atoll compte aussi une entreprise de carénage de premier ordre et qu’il est mentionné parmi les plus beaux sites de plongée du monde , car les poissons y foisonnent et qu’en sus il y a une nurserie de requins dans la passe nord.

Il est près de midi quand je prends le chemin retour pour la pension. Le soleil cogne fort. Partout les gens me saluent par mon prénom et me demandent si j’ai des nouvelles de mon mari. Je suis impressionnée par tant de gentillesse. Une dame d’un certain âge propose de me ramener en bicyclette à la pension. Je pense qu’elle va m’y accompagner en cheminant à mes côtés, mais elle veut me faire prendre place sur son panier, à l’arrière, debout. J’hésite beaucoup, ne voulant pas à mon tour être accidentée, mais devant son insistance, je me juche derrière elle et l’agrippe par les épaules. Elle m’encourage à la serrer plus fort pour ne pas tomber. La scène est cocasse. 

Je dois m’arrêter au magasin local pour acheter des mouchoirs. Elle m’attend sous un soleil de plomb, malgré la queue qu’il y a à l’épicerie qui vient d’être approvisionnée pendant la nuit par un bateau d’avitaillement, ce qui explique la forte affluence des villageois au cours de la nuit. Ma chauffeuse m’amène sur son vélo jusqu’à la pension. Louise et son mari m’y attendent. Mes hôtes m’ont préparé une délicieuse salade, du riz et du thon.

Louise me tient compagnie pendant que j’attends des nouvelles de Marlène. Celle-ci appelle et m’informe qu’elle a contacté la compagnie Air Teharoa, compagnie appartenant à Marlon Brandon, pour desservir son île et ses hôtels, qui accepte de détourner l’un de ses avions, sur Atapaki, mais le lendemain matin seulement, et ce, sous réserve de l’accord du pilote.

Il m’est précisé que vu les circonstances, c’est un prix spécial qui me sera facturé. Le pilote prendra position dès qu’il ne sera plus en vol. J’obtiens son feu vert en début d’après-midi. Il m’est refusé de transporter la bouteille d’oxygène d’Impossible à bord de l’avion, malgré le fait qu’elle soit vide. C’est Ambre qui fait le paiement à distance pour moi de mon billet. Je corresponds avec Vera de Manaca qui vient aux nouvelles et je leur demande s’ils peuvent venir récupérer au dispensaire d’Apataki la bouteille d’oxygène d’Impossible. J’essaie de me reposer un peu dans ma case sous le conseil avisé de Louise lorsque j’entends appeler mon prénom.

C’est l’équipage de Salavida, pas très loin dans les parages, qui informé par un message de Luc du Glywoo, a navigué jusqu’ à Apataki et vient récupérer la bouteille et prendre de mes nouvelles. Je les invite à prendre place dans la jolie salle à manger en plein air de la pension. Aussitôt Louise arrive avec une bouteille d’eau et des verres qu’elle nous offre gracieusement.

Après leur départ, je retourne à ma case. C’est au tour de l’équipage de Vitamine de me héler. Ils se sont amarrés auprès de Salavida et c’est eux au final qui vont transporter la bouteille d’Impossible, car ils ont davantage de place à bord. Cela fait du bien de les voir et de leur parler. Claude me propose une cabine à bord et de me ramener si mon vol demain matin n’a finalement pas lieu. Je prie pour que cela ne soit pas le cas, car cela nous prendrait encore deux jours de mer avec la nuit. Quelle chouette solidarité dans ce Glywoo ! Tout le monde est très ému et concerné par ce qui nous est arrivé. Je m’empresse d’informer Manaca qu’il n’est plus nécessaire de venir jusqu’à Apataki.

Marlène arrive en vélo. Elle promène son chien sur un panier placé à l’avant et m’invite à prendre place sur le porte-bagage dans une position plus traditionnelle que celle que j’ai occupée tantôt sur un autre cycle. 
 

Elle m’emmène faire un tour de l’île et boire une citronnade chez elle. Nous devisons. Nous allons accueillir à la tombée de la nuit son mari Tyrone qui rentre de la pêche en apnée avec une sacrée collection de gros poissons, tués au harpon. Il les écaille et nourrit aves les restes chats et chiens de la maisonnée. Marlène lui rappelle que c’est le soir de la semaine où sa tante ouvre la pension aux habitants du village, dans son petit snack et elle lui demande s’il ne voudrait pas y dîner. Il s’empresse d’acquiescer et dit qu’il désire soulager Marlène de faire la cuisine après la nuit passée. Je comprends que tous les deux sont très délicats et qu’ils souhaitent me tenir compagnie.

Nous nous rendons tous les trois à la pension et Louise acceptent qu’ils viennent prendre place à ma table de l’autre côté de la propriété. Marlène me confie que c’est la première fois qu’ils peuvent se rendre là. Nous saluons une amie du couple avec son mari et son bébé qui prend des nouvelles de Vincent et de moi. Nous passons une aussi agréable soirée que possible dans ces circonstances.

Marlène et Tyrone son époux sont des gens très intéressants. Tyrone s’avère être le petit-fils du champion du monde de chasse sous-marine en apnée de 1967 et il a travaillé dans la ferme perlière de ce dernier qui l’a adopté. Il en a repris l’exploitation, mais me confie avoir cessé cette activité qui l’a épuisé. Nous dînons à 18h. Farare qui fête son anniversaire de 77 ans ce soir-là vient nous apporter trois parts de gâteau au chocolat comme dessert.  C’est tellement gentil. Il a reçu trois colliers de fleurs dont il est paré. Celui de sa femme, Louise, celui de sa fille Simone et celui de sa petite fille Anihe du nom de la pension.  Il nous raconte que dans leur jeunesse Louise et lui ont fait le tour du monde avec une troupe de danseurs tahitiens dont ils ont fait partie et qu’il est revenu avec sa femme plus tard s’installer à Apataki où ils ont ouvert cette pension qu’ils ont construite de leurs propres mains seulement avec des matériaux locaux. Je trouve que c’est magnifique, réalisé avec goût, sobriété et très authentique.  
 

Vers 20h 15, Marlène et son mari se retirent en me disant qu’ils seront tous les deux présents demain matin pour mon départ à l’aéroport. Je devrais y être à 9h pour le vol de 10h,malgré que je sois l’unique passagère. Lorsque je désire les inviter, ils m’informent qu’ils ont déjà réglé leur repas avant le début du dîner. 

Je me rends dans ma case. J’ai des échanges avec nos enfants auxquels j’ai demandé de ne rien dire à mes parents, puis avec Vincent au service des soins continus. Il me parle. Son pronostic vital n’est plus engagé. Son cœur a tenu le choc. Sa voix est altérée, je ne la reconnais pas. Il est toujours sous oxygène et branché à de multiples tuyaux, me raconte-t’il. Je prie, je fais de l’auto-hypnose et je parviens enfin à dormir.

A six heures le matin je me lève et demande à Farare s’il peut me brancher la douche. Je fourre mes affaires dans le sac que j’ai emporté. Louise me tient compagnie. Elle m’a préparé le petit-déjeuner. Lorsque je règle la très modeste note, je m’aperçois qu’elle m’a offert toutes les bouteilles d’eau que j’ai consommées. J’en suis très touchée et je proteste. Elle ne veut rien entendre. Elle me dit que Simone sa fille va m’emmener à l’aéroport en voiture et que toute la famille va m’accompagner. Je reçois plein de colliers de coquillages de leur part et je leur demande si je peux les prendre en photos ainsi que ma case. Coquette, Simone va se doucher et se changer…

C’est alors que je reçois un message de Cathy de Vitamine. L’ancre de Salavida a été coincée sous une patate, mais ils ont pu s’en sortir en manoeuvrant leur monocoque, ce qui n’est pas leur cas avec le catamaran Vitamine. 
 

Ils me demandent si je peux trouver de l’aide. Je réponds par l’affirmative, mais je dois faire vite. Mon avion est dans moins d’une heure. Simone me conduit à la mairie où j’apprends qu’il n’y a aucun plongeur à la bouteille au village et dans les environs. J’ai une idée : peut-être que Tyrone accepterait de plonger en apnée pour examiner la situation et qu’un bateau à moteur pourrait ensuite tirer sur l’ancre de Vitamine selon les instructions du plongeur. Je suis très gênée de faire cette demande à mes nouveaux amis, car je ne voudrais pas qu’il arrive à Tyrone la même chose qu’à Vincent. 

Marlène est en tenue élégante à l’aéroport pour m’accueillir.Tyrone est également présent. Il accepte ma demande, mais me dit qu’il va rester là jusqu’à mon départ, ensuite qu’il rentrera avec Marlène à la maison où il mangera, se reposera et organisera le sauvetage pour 14h. Il me dit que Vitamine est amarré en face de chez lui et que la profondeur est de 15 mètres. Je suis anxieuse. Cela me rappelle…

Claude à l’autre bout du fil est impatient. Il se demande s’il peut compter sur Tyrone et se propose de jeter sa chaîne par-dessus bord. Tyrone me dit que c’est une très mauvaise idée, que Vitamine va se fracasser sur les coraux. Il m’assure que l’on peut compter sur lui, mais à son rythme, à son heure et selon son protocole.

Sont aussi présents à l’aéroport un bagagiste et le sapeur-pompier présent sur le bateau la veille pour l’Evasan. Tout le monde m’embrasse et prend des nouvelles de Vincent. Mes interlocuteurs me disent qu’il va s’en tirer s’il est arrivé sain et sauf à l’hôpital.

Moi, je me demande quelles seront les séquelles, mais je garde mes réflexions pour moi. Le bagagiste pèse mon bagage : 4 kg. Il me pèse aussi à ma demande. Je le vois mettre son pied sur la balance pour me taquiner, le coquin. Je fais 80 kg ! Plusieurs personnes arrivent. Je reconnais la jeune femme de la veille, amie de Marlène avec son mari et le bébé. Elle m’a tissé un chapeau végétal pendant la nuit dont je m’empresse de me coiffer. Il y a le policier Sven et son épouse, Hinano et son mari, toute la famille de la pension. L’équipage de Salavida n’en revient pas de voir le monde qui s’est déplacé pour prendre congé de moi et filme la scène 

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Photo départ Apataki

Je suis super émue et m’adresse à tous en disant que je n’oublierai jamais ce qu’ils ont fait pour Vincent et pour moi en nous portant secours et pour la gentillesse, l’empathie et la solidarité qu’ils ont manifestée tout au long de mon bref séjour au village. Un avion blanc se pointe dans le ciel. Plein d’enfants arrivent en courant ainsi que de nombreux habitants. J’entends encore une multitude de mots de réconfort, de prières et le commandant de bord descend de l’avion ainsi que le copilote pour me saluer.

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Avion Apataki

Ils m’informent que l’on va immédiatement décoller. Je les vois regarder avec étonnement la foule qui m’accompagne et agite la main et qui me crie au-revoir Fabienne. Je suis émue aux larmes.

Mon avion blanc décolle dans le ciel. Apataki vue d’en haut est une perle sublime de beauté dans son écrin de verdure et de fleurs. Le village s’étale en spirale. L’eau qui l’entoure est turquoise et verte. J’en ai le souffle coupé. C’est d’une beauté saisissante.

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Apataki vu d’avion

 

Nous grimpons ensuite dans les nuages. Je dois poser des écouteurs sur mes oreilles pour le bruit. Je pense à mon frère Jean-Marc, pilote, en écoutant la musique de mon I-phone. Il vole en ce moment sur Dubai. Je vais enfin retrouver Vincent. Dans quel état sera-t-il ? Le vol dure deux heures.  Dix minutes avant l’arrivée sur Papeete, nous ressortons des nuages et j’aperçois sur l’océan qui brille deux voiliers qui se suivent. Vous n'allez pas me croire : C’est Crazy Flavour et Impossible. Je fais des signes au pilote. J’aimerais passer en rase motte pour les saluer. Je n’ose pas me détacher pour aller le lui demander. Je ne peux pas les identifier et être formelle à cette altitude, mais je le sais, c’est eux. J’apprends plus tard qu’ils ont deviné eux aussi que c’était mon avion.

Ils vont s’arrêter pour la nuit dans l’anse de Vénus pour se reposer, car ils ont vécu la veille une nuit remplie de houle et traversée par des grains qui les ont empêchés de dormir. Ils n’ont pas pu faire de quart et ont été en permanence les quatre sur le pont.

J’atterris à Papeete à midi. Marlène m’a commandé un taxi. Fifi m’attend avec son véhicule devant la porte. Je salue les deux pilotes, j’empoigne mon sac et nous fonçons vers l’hôpital.

Vincent, j’arrive enfin…